L’hymen de la seconde chance

Virgin auction

©DR

La virginité : certaines femmes décident de la monnayer sur internet, d’autres font tout pour la retrouver et se tournent vers l’hyménoplastie, une intervention chirurgicale de plus en plus pratiquée en France. Décryptage de cette pratique.

Elizabeth Raine a 27 ans. Étudiante en médecine, elle a décidé de mettre aux enchères sa virginité cette semaine sur internet. La jeune américaine espère récolter au minimum 400 000 dollars et s’inscrit ainsi sur la liste de plus en plus longue des femmes ayant monnayé leur hymen. La plus célèbre de toutes reste néanmoins la Brésilienne Catarina Migliorini. Après avoir déchaîné les passions du monde entier, sa défloraison a finalement été adjugée à un Japonais pour 780 000 dollars.

Des demandes confessionnelles

En 2014, la virginité n’a donc rien perdu de sa valeur symbolique et reste un fantasme archaïque de la sexualité humaine. Les problèmes commencent quand le fantasme devient contrainte. Une contrainte imposée par la famille ou la société. Nombreuses sont celles en France qui y sont soumises et pour qui l’hyménoplastie devient un échappatoire : l’hymen est chirurgicalement reconstitué pour feindre une virginité déjà perdue. « 95% des demandes sont confessionnelles » : constate le chirurgien Grégory Staub. Comprendre : liées à la pratique de la religion. Et la majorité des patientes sont musulmanes. En cinq ans, il a réalisé plus de 250 hyménoplasties à l’Institut européen de chirurgie esthétique et plastique de Boulogne-Billancourt.

L’histoire est souvent la même : « Nées en France, elles vivent à l’occidentale, sortent avec des garçons et cèdent à leurs désirs. Elles ne le regrettent pas forcément, mais un jour elles doivent se marier et leur futur mari s’attend à avoir une jeune vierge fraîche », déplore Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne. Dans certaines familles, l’épreuve du drap taché de sang tombe encore comme un couperet. Déshonneur et répudiation attendent celles qui ne saigneront pas. En 2008, le tribunal de Lille avait prononcé la nullité d’un mariage au motif que l’épouse n’était plus vierge (une décision rejetée en appel).

L’opération chirurgicale dure moins d’une heure et permet de reconstruire la fine membrane située à l’entrée du vagin. Pour maximiser les chances que cela saigne, l’hymen est presque entièrement refermé. L’opération est planifiée deux à trois semaines avant la date du mariage, pour que les tissus soient encore frais pour la nuit de noces. L’intervention peut se réaliser en cliniques privées comme dans les hôpitaux publics et coûte entre 1 000 à 2 500 euros, une somme entièrement à la charge de la patiente, la sécurité sociale ne remboursant rien de l’opération.

Entre symbole et fantasme

Ghada Hatem pratique l’hyménoplastie quand ses patientes n’ont plus le choix et risquent des représailles. Mais elle refuse catégoriquement toute intervention « de confort ». Une réserve que ne partage pas le docteur Nicolas Zwillinger. Dans son cabinet parisien, 50% de ses patientes réalisent l’opération au su de leur conjoint, beaucoup viennent même en couple : « ça fait presque partie du budget du mariage ». La dimension symbolique est très importante : « J’ai eu des couples qui avaient des relations sexuelles depuis longtemps et qui, pour le mariage, voulaient une vraie nuit de noces », explique-t-il. L’une de ses patientes, la quarantaine, deux enfants, voulait ainsi s’offrir de nouveau vierge à son deuxième mari. « Il y a là une volonté de toute-puissance, une façon d’objectaliser le corps, d’en faire une matière première transformable à merci », s’inquiète Julie Quiquempois, psychologue au Centre régional d’accueil et de prise en charge des mutilations sexuelles féminines de l’Hôpital Saint Philibert (Lille). « Il n’y a aucun vice là-dedans puisque ce n’est pas une démarche forcée. Elles disent vouloir effacer leurs fautes passées, je trouve ça beau », nuance Nicolas Zwillinger. Mais pour ceux qui incitent leurs épouses à recourir à l’hyménoplastie, le fantasme sexuel n’est jamais loin selon la psychologue lilloise : « La pénétration devient un fantasme de perforation, d’effraction dans le corps de la femme ».

La suite à lire ici

Cette enquête a été réalisée en collaboration avec le site internet Les Inrocks.

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